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Agathe,
depuis quand l'entité Artesia existe-t-elle ?
J'ai
commencé à composer des morceaux en 2000, mais à l'époque,
je n'avais pas de synthé, je jouais sur un vrai piano et j'enregistrais
mes idées avec un très vieux magnétophone.
Ce n'est que quand j'ai eu mon synthé en septembre 2001 que j'ai vraiment
commencé à travailler sérieusement sur Artesia. J'ai composé
une dizaine de morceaux que j'ai enregistrés dans le but de faire une
démo, mais le son se révélant vraiment très médiocre,
je n'ai pas distribué cet enregistrement. Donc dans les faits on peut
dire qu'Artesia existe depuis 2001, et a pris une réelle importance depuis
2003 avec l'arrivée de Gaëlle.
Peux-tu nous raconter ta rencontre avec Gaëlle ? Quels ont été les points communs qui vous ont rapprochés ?
Je
connais Gaëlle depuis 3, 4 ans maintenant, nous allions au même lycée
et elle connaissait mon frère ; quand j'ai su qu'elle jouait du violon,
j'ai tout de suite pensé à lui proposer de se joindre à
moi dans Artesia. Elle n'écoute absolument pas le même style de
musique que moi mais elle a apprécié les morceaux que je lui ai
proposés et a accepté de participer à Artesia.
Nous avons des passions en commun comme le Moyen-Age, les légendes celtiques
et folkloriques et cela se ressent certainement un peu dans notre musique, en
tous cas c'est ce qui nous rapproche.
J'ai cru comprendre que vous n'habitiez pas la même région, comment arrivez-vous à travailler avec l'éloignement géographique ?
En fait nous sommes toutes deux originaires de l'Essonne, d'où je suis partie en septembre, donc pour l'Aube Morne cela n'a pas posé de problème, en revanche pour l'album que nous préparons, c'est un peu plus compliqué. En gros, c'est moi qui compose les morceaux dans leur intégralité, y compris les parties de guitare et de violon en général, donc j'envoie les titres sur cd-r à Gaëlle qui peut ainsi travailler dessus et me proposer des modifications, ou d'autres idées si elle le souhaite. Nous ne nous voyons pas beaucoup, mais ce n'est pas un problème car nous ne répétons pas les morceaux ensemble comme le font classiquement les groupes, nous les mettons au point dans le but de les enregistrer.
Tu es chanteuse, claviériste, as-tu suivi une formation musicale particulière ?
Pas
vraiment, j'ai pris des cours de piano quand j'étais très jeune,
ce qui me permet de jouer du clavier aujourd'hui. Quant au chant, je n'ai jamais
pris aucun cours et je ne me considère pas comme une véritable
chanteuse. J'ai pris ce rôle parce qu'Artesia est un projet très
personnel pour moi et qu'il n'était pas question de faire appel à
quelqu'un d'autre pour le chant.
Je n'ai donc pas de vrai cursus musical, je me considère plus comme une
autodidacte et je fais de mon mieux pour combler mes lacunes en travaillant
le chant et le synthé chaque jour !
Peux-tu nous présenter "L'Aube Morme", les titres qui le composent ?
L'Aube Morne est notre première démo (autoproduite), elle est composée de 5 titres et dure 20 minutes environ. Le premier titre "A l'ombre des grandes forêts", est une introduction, il est très calme et est basé sur la répétition d'un air. "Le Murmure des feuilles" est assez long (un peu plus de 5 minutes), il est basé sur une mélodie au piano et est accompagné de violon, au milieu du morceau on change de tonalité et le chant est différent. Le troisième titre "Tristesse" est sûrement le plus sombre et mélancolique, il est très lent et le chant lui apporte un aspect un peu tragique."Lassitude" est un titre assez ancien, le premier que j'ai composé en 2001, on y entend de l'orgue, du piano et surtout le violon qui donne une touche un peu celtique au morceau ; il se termine sur quelques notes de guitare acoustique, mêlées à celles du violon, assez plaintives. Enfin, le dernier titre "l'Aube Morne", est très doux, sur un fond sonore de pluie, avec un chant très léger.
Où puises-tu l'inspiration ? Dans la force de la nature ? Les forêts ?
En effet, comme je suis quelqu'un de très "nature", (et je peux le confirmer après avoir vécu à Paris quelques temps : la ville n'est pas pour moi !), c'est quand je suis à la campagne, en forêt, à la montagne que je trouve des idées, des mélodies. Je suis évidemment bien plus inspirée par un magnifique paysage que par le bitume, ou le métro !! J'essaye de transcrire en musique les émotions que je peux ressentir au contact de la nature, pour moi il n'y a aucune beauté dans le mode de vie urbain, rien ne m'inspire dans cette existence, tandis qu'ici en Bretagne, dès que l'on sort de la ville on peut admirer des magnifiques endroits et sites, c'est en partie aussi pourquoi je suis venue vivre ici ! Et je pense que cela se ressentira dans nos prochains morceaux.
Pourquoi choisir la mélancolie comme refuge ? Cela reflète-t-il un état d'esprit ?
Tout
d'abord je dois dire que j'apprécie les groupes évoluant dans
ce milieu, certains ont été une influence directe pour moi car
leur musique correspondait à ce que je voulais entendre. Faire de la
musique mélancolique ne signifie pas que je suis quelqu'un de triste
en permanence ! Je pense être assez mélancolique mais je sais apprécier
ce qu'offre la vie et surtout je ne souhaite pas me replier dans un mal-être
en permanence.
Composer ce genre de morceaux m'est venu assez naturellement, et cela me permet
d'exprimer certains sentiments qui n'auraient pas leur place dans du metal par
exemple. J'essaye par ce biais de faire passer des émotions que je n'ose
pas exprimer en général, comme la fragilité, la douceur
et la peur de l'existence par exemple. Cela reflète donc en quelque sorte
mon état d'esprit et en même temps me permet de prendre du recul
sur ces aspects de ma personnalité. Artesia n'a pas les "mauvais"
côtés de la mélancolie, il m'importe plus de montrer des
choses belles et même féeriques que de déprimer en musique
sur la vie actuelle.
Te sens-tu proche du mouvement gothique ?
Je me sens proche de certaines formations comme Arcana, Dark Sanctuary, ou encore Dead Can Dance, mais c'est à peu près tout. Je ne "viens" pas du mouvement gothique à la base, même si je trouve certains aspects de cette culture très appréciables (au niveau cinématographique, musical...). Je ne pourrai pas trop en parler de peur de faire des erreurs quant à leurs idées, mais je peux dire qu'en gros j'aime leur vision du romantique et leur imagerie sombre. Personnellement, je suis plus proche du milieu metal que je connais bien mieux, malgré ce que peut faire penser notre musique.
En tant que chanteuse quelles sont les voix qui te mettent en émoi ?
Elisabeth Toriser (Daargard, Dominion) est vraiment la chanteuse que j'aime le plus, sinon j'aime beaucoup les voix de Lisa Gerrard et Liv Kristin. C'est à peu près tout, car je dois dire que je n'aime pas trop cette mode actuelle avec des chanteuses tout droit sorties de l'opéra, ça ne me fait aucun effet, cela me semble trop formaté, trop propre. Ah et bien sûr j'adorais la voix de l'ancienne chanteuse de Dark Sanctuary, Marquise Ermia !
Que peut-on trouver dans ta discothèque ?
J'ai
principalement des cd de death, de black, un peu de doom et d'atmosphérique.
Je peux t'en citer quelques-uns : Shape of Despair, Summoning, Morgul, tous
les Dark sanctuary, Arcana, Daargard, Immolation, Carcass, Lord Belial, Emperor,
Dissection etc, donc c'est assez varié et pas forcément très
calme ;)
J'ai aussi quelques cd de musique classique, de chants religieux, de musique
médiévale et irlandaise, ainsi que certaines B.O.
As-tu un disque de chevet ?
Je dirai que le disque que j'ai le plus écouté et que j'écoute au moins 2 fois par semaine est "Royaume Mélancolique" de Dark Sanctuary. Il y a également le "Storm of the Light's Bane" de Dissection, qui me tient beaucoup compagnie !
Que dirais-tu aux gens qui trouvent la musique d'Artesia dépressive ?
Je
ne pense pas que ce soit l'adjectif qui convienne le mieux à Artesia,
mélancolique est bien plus approprié. Néanmoins, je peux
comprendre que l'on trouve notre musique dépressive, ce que je refuse
d'entendre par contre, c'est qu'elle ne convient qu'à des personnes dépressives
! ;)
Quoiqu'il en soit, je ne rajouterai pas d'accordéon pour rendre Artesia
plus gai ! Notre musique est peut-être sombre et mélancolique,
mais surtout je souhaite qu'on la trouve belle, et qu'elle puisse amener à
un sentiment de paix intérieure.
Quelles sont vos attentes avec "L'Aube Morme" ?
Tout
ce que nous souhaitons en ce moment, c'est distribuer un maximum de démos
que ce soit en les vendant par le biais de notre site, ou que ce soit en les
envoyant à des zines qui en font la chronique. Nous voulons nous faire
connaître un peu dans les milieux metal et gothique et espérons
que notre musique convaincra ceux qui l'écoutent.
Nous n'avons pas de label pour le moment, et je ne sais pas encore si nous allons
démarcher prochainement, je préfère me concentrer sur l'album
que nous préparons, et alors peut-être chercherons-nous à
nous faire signer quand celui-ci sera enregistré.
En tous cas nous sommes satisfaites de l'accueil qu'a reçu notre démo
dans l'ensemble, nous n'espérions pas tant et cela nous contente déjà
de voir que notre musique plaît à certaines personnes. Nous allons
continuer à envoyer la démo à des zines pendant quelques
temps, puis nous verrons bien ce qui se passe !
Faites-vous un peu de scène ?
Non
et je ne pense pas que cela arrivera, du moins pas avant que j'ai fait une cure
contre la timidité ;)
C'est sûrement dommage mais je suis incapable de parler à plus
de 3 personnes en même temps sans avoir envie de me cacher, donc affronter
un public !!! Donc nous n'avons jamais fait de scène et ce n'est pas
prévu au programme malheureusement.
Avez-vous des projets dans l'immédiat ?
En ce moment, nous travaillons sur nos nouveaux morceaux, ceux qui seront présents sur notre album. Ils sont déjà bien commencés, et je m'occupe des arrangements actuellement. Nous comptons enregistrer en juillet/août, toujours avec l'aide de Loïc Cellier.
Ton sentiment sur l'attaque des postes par des mammouths ? ;-)
Ça c'est un point très important pour moi !! Il est inadmissible que ces mammifères préhistoriques aient le culot de venir s'asseoir sur les démos des petits groupes sans défense !!! La Poste devrait inventer un système anti-pachydermique pour éviter ce genre de désagréments, tu ne crois pas?
[NDR : Je ne peux qu'être d'accord ! Le disque m'est arrivé sous la forme d'un puzzle 1000 pièces ! J'en profite pour remercier Agathe d'avoir bien voulu m'en renvoyer un exemplaire.]
Souhaiterais-tu ajouter quelque chose, y a-t-il une question à laquelle tu aurais souhaité répondre ?
Eh
bien je tiens surtout à te remercier pour cette interview ainsi que pour
la chronique que tu as faite sur Artesia. Je vais juste rajouter l'adresse de
notre site pour ceux qui auraient envie de découvrir notre musique :
http://www.artesia.fr.st/ . Je souhaite longue vie à ton site et Kenavo
comme on dit ici !